Délocalisations, mondialisation et coronavirus

14 Mai 2020
Délocalisations, mondialisation et coronavirus

Au cours des dernières décennies, nous avons assisté à un processus de délocalisation des entreprises qui semblait inéluctable, en particulier dans les process de production. La délocalisation s’est portée tout d’abord sur les secteurs les plus gourmands en main-d'œuvre ; nous nous souvenons tous du transfert ininterrompu de la production de chaussures, de textile, de voitures et de toutes sortes de produits manufacturés vers les pays asiatiques. Tant au Moyen-Orient qu'en Extrême-Orient, en Chine bien entendu, mais s'étendant beaucoup plus loin (Inde, Turquie, Vietnam...).

 

Par la suite, les délocalisations ont touché la plupart des secteurs de production, y compris ceux qui ont recours à la technologie et au capital, en raison de la capitalisation des bénéfices qui a permis aux pays émergents (ou à ceux qui l'étaient au siècle dernier) de réaliser de grands investissements et, dans de nombreux cas, d'accéder au contrôle des matières premières stratégiques dans les process de production en général et dans les process technologiques en particulier.

 

Parallèlement à cette dynamique de délocalisation, et en partie en conséquence de celui-ci, l'économie s'est mondialisée, de sorte que les situations ou les incidents qui se produisent dans une partie du monde se diffusent au reste de la planète en raison des interrelations qui ont été créées entre toutes les économies, entre tous les pays et entre tous les continents.

 

Cette mondialisation s’est clairement fait sentir lors de la crise internet de l’an 2000, ainsi que durant la crise financière de 2008. Toutefois, c’est avec la crise actuelle dérivée du COVID-19 que l’on comprend l’impact le plus évident de la mondialisation, non seulement en termes de contagion mondiale épidémique, mais déjà lorsque seules la Chine et la Corée du Sud étaient touchées par l'infection.

 

Pendant cette courte période et presque immédiatement, la paralysie d'une partie importante de la Chine, puis de la Corée du Sud, a entraîné une restriction sévère de l'approvisionnement en provenance de ces pays et, directement, a provoqué de graves perturbations de l'approvisionnement dans le monde entier.

 

Les entreprises technologiques, du Japon aux États-Unis, ont dû arrêter leur production en raison du manque de matériaux ; la même chose est arrivée à une partie importante des entreprises automobiles dans le monde entier et des milliers d'entreprises de toutes tailles, sur les cinq continents, ont dû ralentir ou arrêter directement leurs chaines de production.

 

A l'heure actuelle, la paralysie qui touche de plus en plus d’entreprises qui sont directement touchées par le COVID-19, a fait oublier ces circonstances ; mais cette leçon a été apprise à un coût très élevé, et le tissu économique ne doit pas l'oublier et doit agir en conséquence.

 

De nombreuses voix s'élèvent actuellement pour proposer et conseiller de relocaliser les entreprises de production là où elles ont disparu, en commençant par la fabrication de matériel sanitaire essentiel mais en poursuivant aussi par celles considérées comme stratégiques (énergie, carburants, machines essentielles, matières premières de base...). Beaucoup disent que nous ne verrons plus de compagnies aériennes low-cost comme c'était le cas jusqu'à présent, essentiellement parce que le tourisme deviendra local dans une proportion significative.
Tout à coup le pays dans lequels sont fabriquées les voitures que nous envisageons d’acheter, les sacs que nous voulons offrir, les chaussures que nous voyons dans les magasins devient important. En général, le lieu où le produit est fabriqué devient un des éléments importants dans la décision d'achat ou d'utilisation. On voit une prise de conscience générale des consommateurs, qui s'accentue encore avec cette crise du Covid-19. Les exemples de la Grande-Bretagne avec le BREXIT et la politique de Trump aux États-Unis, qui favorise clairement l'activité nationale, sont des exemples clairs de cette tendance.

 

Il convient de rappeler que les crises majeures sont également les catalyseurs de changements majeurs dans la dynamique sociale. Non seulement cette crise ne fera pas exception, mais elle sera encore plus importante que d'autres, car depuis la Seconde Guerre mondiale, les gens n'ont pas été contraints de rester enfermés à l'intérieur pendant des semaines.

 

Par conséquent, au niveau mondial, nous nous attendons à ce que le tissu productif opère un processus inverse à celui des 80 années précédentes et qu'il tende à la RE-LOCALISATION, afin que chaque pays puisse maitriser la production des éléments essentiels et stratégiques nécessaires à son fonctionnement, et réserve LA DÉLOCALISATION aux produits non essentiels de grande consommation qui, nous le savons tous, sont accessoires.

 

Si cette tendance progresse, il y aura une DÉMONDIALISATION, car les pays et leurs économies deviendront plus indépendants des mouvements mondiaux.

 

De notre point de vue, cela crée de grandes opportunités pour les entrepreneurs dans la création de nouvelles entreprises à partir de zéro, le fondement, la consolidation et la mise en marche des industries productives relocalisées.
En outre, ces dernières années nous ont permis d'acquérir les technologies de pointe qui sont maintenant à la portée de tout nouveau projet, de sorte que la concurrence internationale ne sera pas un risque, ni d'un point de vue stratégique ni d'un point de vue économique. Ce ne seront pas les anciennes entreprises qui seront dépassées par la technologie du reste du monde, mais les entreprises modernes capables de se livrer à la concurrence sur le marché.

 

Les entrepreneurs, en particulier les entrepreneurs européens, ont désormais la possibilité comme jamais auparavant de développer leurs activités dans les secteurs stratégiques ou nouveaux qui seront désormais à leur portée.

 

Nous devrons nous adapter, nous devrons innover ; mais les opportunités seront là pour ceux qui veulent en profiter.

 

M. JORGE CÓNSUL

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